B) LE MOUVEMENT FRANCAIS POUR LE PLANNING FAMILIAL

Quelle libération sexuelle ?

 

         À une periode où les lois se modernisent et s'accomodent aux revendications, les relations sexuelles entre hommes et femmes se metamorphosent. En effet, dans un climat jusqu'ici très austère au pratique de contrôle des naissances, une toute nouvelle notion apparait veritablement : la liberté sexuelle. Cette nouvelle aspiration fera naître une généralisation des pratiques de contraception soutenus par des associations qui aideront le sexe feminin à travers sa conquète.

          « Notre corps nous appartient ! » tels sont les propos que tiennent les femmes qui descendront dans la rue lors des mobilisations du début des années 1970.  Dans la société française que l’on sait très attachée à sa culture, ses traditions et majoritairement chrétienne, une loi d’une telle envergure n’a pas été sans rencontrer d’opposants. Rappelons d’ailleurs qu’au début du XXème siècle, la sexualité et le contrôle des naissances restent un sujet tabou et a provoqué jusqu'ici la mort de certains opposants.  

          Naturellement, femmes et hommes ne disposent pas des même risque lors d'un rapport sexuel : alors que la femme risque de tomber enceinte, l'homme lui n'encours pas ce risque. La loi de 1920 condamne le contrôle des naissances, l'avortement est alors considéré comme un crime, .

                

                   Un premier pas : La maternité heureuse

 Maternité heureuse

            Dans l'histoire des luttes pour le contrôle des naissances, 1956 est une année phare puisqu'elle correspond à la naissance de la "maternité heureuse". Première initiative concrète, courageuse et efficace pour offrir aux couples la possibilité de limiter les grossesse et de planifier la croissance de leur famille. L’idée de la docteresse Lagroua était de prévenir les drames de l’avortement en développant la contraception, à l’instar des pays anglo-saxons.  Revenue d'un stage au Etats-Unis, Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé, proche des pionniers de l'accouchement sans douleur, tentera de convaincre le milieu médical du bien-fondé du Birth control (littéralement "contrôle des naissances") déjà très courant de l'autre côté de l'océan. En adhérant, les femmes peuvent bénéficier des avantages de l’association : information sur les méthodes contraceptives, adresses de médecins formés, commandes de contaceptifs à l’étanger. Dans les années qui suivent, des centres d’accueil s’ouvrent dans différentes villes.

 

 

Cependant, cette association mise à l'entière disposition des femmes reste méconnue de l'ensemble de la population : une enquête de 1956 révèle que 56% des personnes interrogées déclare «n’avoir jamais entendu parler de la limitation des naissances».  

Suite à l'affaire d'infanticide en 1955 de M. et Mme Bac, l'opinion public est pour la première fois sensibilisé aux drames des grossesses non désirées. Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé ayant incité les avocats de la famille Bac à orienter le débat sur la question de la régulation des naissances. Après ce procés, très médiatisé, la lutte pour la maternité consciente fait un pas de géant.

En 1960, La Maternité Heureuse devient une section du Mouvement international du planning familial. En 1961, des centres de planification des naissances se mettent en place en dépit de la loi de 1920 qui les interdit.

  

 

                  L'accès à la contraception

            Les femmes qui appellent à une liberté sexuelle seront soutenues par le mouvement français pour le planning familial (MPMF). Vivant dans la quasi-clandestinité, le Planning familial soutient les femmes qui aspirent à une liberté sexuelle : "le bien être de la mère doit passer avant celui du bébé".

«Ah, il n'a pas été désiré celui-là; j'en avais eu trois en trois ans». Il n'est pas difficile d'imaginer combien la vie de cette femme aurait pu être différente avec une contraception sûre. La féconditer commence à diminuer présicément au moment où elle s'exprime, à partir de 1965. Les méthodes utilisées sont traditionnelles : il s'agit dans la majorité des cas du retrait masculin. Les premiers centres du Planning Familial prescrivent des diaphragmes, des gels spermicides et les nouveaux stérilets aux femmes qui viennent en consultation. En 1963, on compte 160 000 membres de l'association.

À la même époque, aux Etats-Unis, les recherches médiacles sur les hormones sexuelles aboutissent à la mise en vente d'une pilule contraceptive. Le débat lancé par le Planning familial sur la contraception est marqué par cette invention que provoque bien des résistances : on lui reproche de dénaturer la femme, on prédit que «la nature se vengera».

Aprés plusieurs projets de loi, c'est en 1967 que le débat parlementaire sur la contraception aura lieu. De même, pendant la campagne présidentielle de Francois Mitterand, le débat s'est réanimé : le président potentiel se déclare favorable au contrôle des naissances. Selon les sondages, 57% des français approuveraient la mise en vente de produits contraceptifs, mais le gouvernement reste réticent. C'est un député de droite, Lucien Neuwirth qui obtiendra la majorité au parlement pour sa proposition de libéralisation de la contraception. Bien entendu, ce n'est pas un vote féminin, c'est plutôt une volonté de limité les avortements clandestins qui l'a emporté.

Malgré les oppositions de l'Eglise catholique à cette pratique, en 1973, 12% à 13% des femmes de 20 à 44 ans. Cinq ans plus tard, elles sont 28% à l'utiliser, mais encore 33% n'ont pas de moyens de contraception. La formule "la pillule libère la femme" est cependant parfois contesté par les féministes. La contrainte de la prise quotidienne du "médicament", la peur des effets secondaires, etc. À cela s'ajoute, dans une inspiration plus ou moins "écolo", le besoin d'éviter ce qui est artificiel, de respecter la nature. La réticences des femmes est donc jusqu'ici toujours très marquée.

 

                  La dépénalisation de l'avortement

          Dans la vidéo on les appelait les dames du planning, Margaret SANGER explique : « les femmes vivaient avec la hantise de se retrouver enceinte à chaque rapport sexuel [...] Celles-ci étaient capables de se mettre n’importe quoi dans le vagin pour ne pas tomber enceinte ». 2,5 M ?  1 M ?  Malgré des estimations approximatives, le nombre d'avortements clandestins traduit la volonté farouche des femmes qui ne peuvent pas ou ne veulent pas avoir d'enfants, prêtes à prendre tout les risques pour cela. Malgré une minorité de privilégiées qui peuvent partir à l'étranger, le risque pour les femmes qui tentent d'avorter seules est grand, en effet : des dizaines de milliers en meurent, beaucoup se blessent ou deviennent stériles. De même, les traumatismes psychologiques sont fréquents. Le risque est aussi judiciaire : le code pénal prévoit des peines de prison pour les femmes avortées, ainsi que de lourdes amendes. Des risques nombreux donc, aussi bien sur le plan physique, morale que judiciaire. 

Cependant, le nombre de condamnations ne fait que reculer dans la période 1946-1965. À la suite de la loi Neuwirth s'instaure un climat favorable à une évolution judiciaire. Des propositions de la gauche parlementaire vont dans le sens d'une autorisation limité aux cas les plus dramatiques. Par ailleurs, la pression féministe va faire de l'avortement un débat national. Cela s'engage le 5 avril 1971 avec un manifeste publié dans le Nouvel Observateur :

« Un million de femmes se font avorter chaque année en France. Elles le font dans des conditions dangereuses en raison de la clandestinité à laquelle elles sont condamnées alors que cette opération, pratiquée sous contrôle médical, est des plus simples. On fait le silence sur ces millions de femmes. Je déclare que je suis l’une d’elles. Je déclare avoir avorté. De même que nous réclamons le libre accès aux moyens anticonceptionnels, nous réclamons l’avortement libre.»

 

Elles seront 343 femmes à signer ce texte qui appelle à la desobéissance civile et à s'exposer ainsi à des poursuites judiciaires. Selon un sondage de 1971 demandant si "une femme qui attend un enfant et qui ne le désire pas devrait avoir légalement le droit de faire interrompre sa grossesse par un médecin", 55% répondent oui, 38% répondent non, 7% ne se prononcent pas. L'opinion publique est donc favorable à la campagne militante qui se développe très rapidement.
Plus que la contraception, l'avortement soulève des enjeux passionnés : l'avortement est condamné par l'Eglise catholique comme un infanticide. Celle-ci défend l'idée selon laquelle "le début de l'être remonte très exactement à la fécondation", avorter est donc un acte criminel. Des associations opposantes vont ainsi se créées. 

L'avortement est l'un des enjeux de l'éléction présidentielle de 1974; une fois élu, Valéry Giscard d'Estaing confie à Simone Veil, ministre de la santé, ce dossier. Elle annonce aussitôt l'arret des poursuites et fait adopter ce projet de loi par le gourvernement. Ce projet stipule que la femme enceinte à la droit à l'avortement jusqu'à la dixième semaine de sa grossesse. Après de nombreux débats, le projet est adopté, puis promulgé le 15 janvier 1975. Cependant, cette loi n'est votée que pour 5 ans. À terme, la loi fera l'objet de débat et de manifestations de la part des femmes, et sera adoptée définitivement en novembre 1979.


 

 

 

Jean-Jacques GOLDMAN - Elle a fait un bébé toute seule

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